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POUR EN SAVOIR PLUS SUR CE THEME : Le cas des pierres à venin en Velay - Vivarais Beaucoup de légendes ont été rapportées à propos des pierres à venin. Certaines ont été publiées comme relevant de faits historiques "avérés". D'autres relèvent de la tradition orale et sont susceptibles d'évolution. D'autres ne sont que de simples supputations. Nous nous sommes contenté, dans cette étude, de rétablir certains faits, de proposer des axes de recherche et de poser plusieurs hypothèses qui devront être vérifiées par des chercheurs relevant d'au moins trois disciplines : l'archéologie, la géologie, l'ethnologie. Ce travail a été entrepris à compter de 1986, en collaboration avec l'équipe de la SEREST (Société d'études et de recherches des survivances traditionnelles), association de recherches ethnologiques, travaillant dans le domaine des croyances. Les pierres à venin n'ont rien à voir avec les usages décrits dans des livres tels que le Grand Albert et autres grimoires, qui relèvent plus de la médecine ancienne "savante", médecine de cour en tout état de cause, et qui font appel à des gemmes précieuses et semi-précieuses, radicalement différentes de celles utilisées par les Anciens dans le monde rural. Quelques auteurs en mal de néo-celtisme ont été jusqu'à supposer l'existence d'un lieu de culte centré autour de l'usage des pierres à venin se situant aux sources de la Loire. Nombreux sont ceux qui, ayant enquêté sur le terrain, ont considéré que leur secteur de travail constituait l'épicentre de leur aire de diffusion. En fait, cette dernière semble beaucoup plus vaste qu'il n'y paraît au premier abord. Nous avons cherché dans la présente étude à comprendre la provenance des différents matériaux qui constituent ce que nous appelons "les séries de pierres à venin" et comment s'est effectuée la diffusion de ces dernières sur un secteur géographique relativement étendu, s'étendant sur les plateaux vellaves et vivarois. Témoins d'un usage toujours en vigueur et échappant totalement à toute emprise "commerciale", nous espérons que cette tradition, aussi singulière soit-elle, puisse être transmise aux jeunes générations telle qu'elle l'a été jusqu'à présent, dans le respect d'une sagesse souvent méconnue. DEFINITION Les pierres à venin sont des éléments composites auxquels se rattachent des croyances quant à leur utilisation et leur efficacité, croyances en rapport avec leur origine, leur forme, leur aspect. Elles sont parfois utilisées seules (1), parfois en séries allant de deux à quelques dizaines d'unités (2). Les séries ou collections étudiées ont été constituées depuis un temps très ancien. En règle générale, leur détenteur ignore l'époque à laquelle elles furent trouvées. Une croyance veut que ces pierres soient la résultante des combats que se livrent les animaux venimeux ou encore les restes fossiles de grands reptiles et autres animaux venimeux maintenant disparus (tête, queue, section du corps), d'où leur mode de fonctionnement particulier (3), ce dont nous reparlerons dans la partie légendaire de la présente étude. APPELLATION - Pierre de la picote (elle a des petits points) [variolite]. Hérault - Pierre de la clavelée (gros points, violets au centre) [variolite]. Hérault - Peira de la pigotta [variolite]. Canton de Massiac, Cantal - Peiro di verre [sans doute anneau de verre]. Saint-Symphorien, Lozère - Peiras du vernat [série]. Montpezat, Ardèche (Cévennes vivaroises) - Peiras dau véré [série]. - Lou véré (= les enflures). Région du Mézenc, Haute-Loire / Ardèche - Paero do vere Tournon (Haut Vivarais) - Suzé, Suissé [anneau de verre]. Région du Mézenc, Haute-Loire / Ardèche - Varthé [anneau de verre]. Puy-de-Dôme - Pèiras de tròn [haches néolithiques, pierres du tonnerre]. Lozère, Aveyron - Peiras dau trounouiéré [haches néolithiques, pierres du tonnerre]. Région du Meygal, Hte-Loire DESCRIPTION Les séries rassemblent des matériaux de diverses provenances et natures, que l'on peut classer en quatre genres particuliers : - matériaux préhistoriques, haches néolithiques, - fragments de bijoux celtiques, - pierres naturelles, fossiles, - éléments manufacturés divers. Matériaux préhistoriques : Il s'agit en général de haches néolithiques, le plus souvent de petites dimensions (3 à 10 cm) dénommées : pierres à venin, pierres à tonnerre, pierres-serpent ou de petits percuteurs appelés pierres de contusion. Les haches sont souvent brisées au talon, leurs actuels possesseurs prétendant qu'elles furent prêtées, au temps du grand-père à des gens malveillants qui en ont gardé un fragment. Or toutes celles que nous avons pu voir attestent de cassures très anciennes. En fait, il se pourrait que certaines de ces haches aient fait l'objet d'un dépôt funéraire et aient été brisées lors de l'inhumation de celui qu'elles accompagnaient dans son périple post-mortem. Fragments de bijoux celtiques : Ils sont constitués par des perles de terre cuite, des perles de pâte de verre colorées (Peiro di verre (4), des agates taillées, provenant probablement de dépôts funéraires. Une perle de verre est quelquefois appelée " Lou Suissé " ou " Suzé " lorsqu'elle figure en un seul exemplaire dans une série. Pierres naturelles : Dans les séries étudiées, on remarque fréquemment la présence de petites pierres de couleur, tendant du vert au noir, présentant des pustules de couleur verte à violette, nommées pierre à venin, pierre de pigote, pierre de la clavelée, pierre de serpent… Il s'agit de galets de variolite, probablement trouvés et ramenés par les bergers, lors de la transhumance. Elles se présentent sous forme de petits galets plats ou légèrement bombés, n'excédant guère 4 à 5 cm de diamètre ou de longueur. Ces pierres, dit-on, étaient ensuite polies et lustrées par frottement sur des peaux de mouton, ce qui leur confèrerait l'aspect que nous leur connaissons. Nous verrons qu'il peut en être autrement du fait de leur provenance. La présence d'autres types de roches a été constatée dans les collections de pierres à venin tels que : galets de quartz, fragments de cristaux divers, roches métamorphiques et fossiles (5). LOCALISATION Leur aire de diffusion est considérable : on retrouve l'usage des différents matériaux constitutifs dans les anciennes provinces du Dauphiné, de Provence, du Languedoc et d'Auvergne. Il est à noter que l'utilisation des variolites diffère considérablement d'une région à l'autre : l'emploi d'une unique variolite est fréquent en Provence et en Languedoc et associé au nomadisme des bergers. Par contre, sur les plateaux en régions Velay / Vivarais, elles sont généralement regroupées au sein de séries par les éleveurs sédentaires et communément utilisées pour la guérison des bovins, sans parler de l'emploi en thérapeutique humaine. Les séries peuvent être regroupées dans un quadrilatère délimité comme suit : - au Nord, ligne Craponne / Annonay - à l'Est, ligne Annonay / Aubenas - à l'Ouest, ligne Craponne / Fix-Saint-Genès / Pradelles - au Sud, ligne Pradelles / Aubenas. Nous avons recensé, pour le seul département de la Haute-Loire, 37 séries de pierre à venin. 15 familles détentrices nous ont affirmé les utiliser encore aujourd'hui (6). USAGE DES SERIES Dans certaines maisons, on teste l'efficacité des pierres avant tout usage. Pour cela, il convient d'entourer chaque pierre d'un fil de laine et de présenter le tout au feu : "Si le fil noircit sans brûler, la pierre est bonne". Il y a unanimité de croyances sur cette pratique qui n'a rien de miraculeuse. Une seule exception apparente dans les témoignages, celui de J. P., de Reynier (commune d'Araules), recueilli par R. de Bayle des Hermens (1966) : " Si au bout de quelques temps le fil est brûlé, la pierre est bonne pour l'usage médical ". A notre avis, le "quelque temps" doit s'entendre en terme de durée, car, bien entendu, une exposition prolongée au feu verra dans tous les cas la disparition par consumation du fil de laine. Conservées dans des sacs de jute, ou des biches de terre, ces séries de pierres sont mises à tremper dans de l'eau pendant un temps plus ou moins long, variant d'1/4 d'heure à 24 heures, à moins qu'elles ne restent constamment immergées. Une part de l'eau est bue et le restant versé sur la plaie ou la partie malade : le mal est ainsi repoussé de l'intérieur du corps vers l'extérieur, puis éliminé par lavage. Là encore, les témoignages recueillis font état de cet ordre : "Sinon, le mal rentrerait plus profondément encore (7)" . Généralement conservées dans des fermes, il n'est pas exclu que dans des temps anciens elles n'aient été utilisées par des guérisseurs colporteurs itinérants. Ainsi J. A. Bonelli (1979) (8) fait mention d'une telle pratique autour de Saint-Pierreville : "Quelque fois, les guérisseurs sillonnaient fermes et hameaux. Ils portaient dans leur besace le sac de pierres à guérir […] A l'intérieur du sac, on comptait une trentaine de pierres à guérir." Cet auteur précise : "Je noterai que c'est la seule mention de colportage des pierres qui soit rapportée." Nous avons recueilli un témoignage allant dans ce sens dans la région du Monastier (Haute-Loire) : " Pendant la guerre, le grand-père à ma femme partait de ferme en ferme pour soigner les animaux. Il portait dans son sac les pierres à venin (9)." Ces pierres étaient et sont utilisées gratuitement, il convient de le souligner, pour guérir les morsures de serpent, piqûres d'insectes, affections causées par le venin des crapauds, la prise de souffle des salamandres (10), ainsi que certaines maladies de peau (dartres, tumeurs), dysenterie (11), tant des hommes que des animaux. Leur usage s'est maintenu jusqu'à nos jours dans plusieurs familles, qui leur attribuent une valeur considérable (12). Outre les séries dont nous avons déjà parlé, on a constaté que certaines de ces pierres étaient utilisées isolément. Ainsi, des variolites isolées sont en usage dans tous les Causses : insérée sous la pierre de seuil des bergeries, elle est censée protéger de la gale et des épizooties. Attachée au cou des moutons de tête , elle préserverait l'ensemble du troupeau. On trouve des variolites placées comme grelot dans les clochettes ou encore déposées dans les mangeoires des animaux, afin de les préserver de la clavelée. Il en est de même des haches néolithiques, usitées comme pierres de foudre dans le sol des bergeries, suspendues ou insérées dans la maçonnerie des cheminées. Voici quelques autres pierres, considérées comme guérisseuses ou talismaniques, dont nous avons relevé l'usage dans les régions Auvergne -Velay- Vivarais : Pierre de crapaud, Pierre de serpent, Pierre de la salamandre, Pierre des yeux, Pierre du sang, Pierre des femmes, Pierre de la Croix, Pierre de contusion, Pierre de la tête ou Pierre de migraine, Pierre de la peste, Pierre des dents, Pierre de la dysenterie, Pierre des cauchemars. Pour l'origine de ces pierres, leur diffusion, leur usage, leur légendaire, les témoignages contemporains recueillis sur le terrain et la bibliographie qui leur est consacrées, nous renvoyons le lecteur à notre ouvrage : ORIGINE ET PROVENANCE DES SERIES DITES DE PIERRES A VENIN (voir page suivante, sources) _______________ (1) Ce cas est plutôt rare sur le Plateau Velay / Vivarais. Il s'agit parfois d'éléments "trouvés", comme en témoigne P. F. des Estables, enquête SEREST 1991. (2) Nous avons vu en 1986 une série en provenance du nord de la Haute-Loire et conservée par son actuel propriétaire à Saint-Etienne comportant une soixantaine d'éléments. Un tel nombre reste rare cependant. (3) Témoignage de Mr. P. F., Les Estables (Haute-Loire). Enquête SEREST 1991. (4) A noter un possible jeu de mot en patois : veré désigne le venin et veire le verre. Le premier mot est parfois relié à l'idée de force manifestée par le bélier conducteur du troupeau. (5) Présence notée de rostres de bélemnites (provenance probable des Causses) et datant du Crétacé ou du Jurassique, d'ammonites nacrées (de type Hildoceras bifrons, même provenance). (6) Enquêtes H.B., 1984-88 (7) Un exemple inverse est cité par R. de Bayle des Hermens (1966), relatif à la série de Mme F., de Boussoulet, qui préconiserait de laver la piqure ou la morsure avec l'eau des pierres avant d'en boire. (8) Cité par J. M. Pastor (1999). (9) Famille M. Enquête SEREST, 1992. (10) La salamandre, parfois appelée "souffle", peut s'introduire dans la bouche ouverte d'un dormeur, d'un chaumeur, et lui "prendre le souffle". Le malade peut alors mourir d'apoplexie, de congestion ou d'étouffement, à moins qu'on ne lui fasse boire de l'eau où a trempé la pierre de la salamandre. (11) A. T., Le Chambonnet (Yssingeaux). Enquête SEREST 1986. (12) A tel point qu'on pouvait aller jusqu'à mettre ses champs en gage si l'on empruntait une série (pratique attestée dans le Velay vers 1910). Une exception, notée par R. de Bayle des Hermens : les pierres des yeux, qui sortent du cadre de cette étude, pouvaient faire l'objet d'une location. (13) "Képhalé" en Vivarais, ce qui pourrait démontrer une origine grecque à cette appellation.
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